L’utilisation des médias sociaux par un mouvement populaire : l’exemple du Tea Party

Pourquoi le Tea Party est-il un mouvement politique intéressant pour les analystes du cyberespace ? Tout simplement parce qu’il est un exemple convainquant de la force et de l’impact des médias sociaux sur la création et l’évolution d’un mouvement populaire. Le lien pouvant se créer entre la cyber-mobilisation et l’utilisation d’une force sociale par des partisans plus radicaux démontre également qu’une anticipation sur le terrain, par les autorités compétentes, peut être faite à partir de l’observation du web. C’est ainsi que l’histoire du Tea Party démontre qu’une volonté de changement social peut être manipulée par l’extrémisme en la déviant de son but initial afin de déstabiliser la paix sociale pour obtenir une justification politique de leurs revendications.

Création du Tea Party et diffusion sur les médias sociaux

Tout commença lorsque des blogueurs, tels que Keli Carender, décidèrent d’organiser des manifestations contre les mises de fonds accordées par l’État dans le domaine bancaire afin de contrer la récession de 2008. Cette stratégie étatique se voulait être une simple étape dans un plan de relance plus large des États-Unis. Toutefois, certains Américains y virent plutôt une ingérence étatique menaçant les prémisses historiques de la Constitution par l’infiltration d’une gauche dans leur système politique.

Certains eurent alors l’idée de faire un lien entre leurs revendications et celles provenant d’une révolte politique historique en 1773, le Boston Tea Party. Un véritable mouvement de masse sur les médias sociaux s’en suivit.  On vit une publicisation du mouvement à travers de nombreux blogues, vidéos, commentaires et articles d’opinion.

Vers une radicalisation du mouvement

Cette force des médias sociaux attira l’attention des médias traditionnels et de personnalités publiques. Sa popularité ne fit que croitre pour devenir un mouvement national qui évolua vers des revendications anti-Obama et des idées très conservatrices.  De plus, cette popularité a eu comme  conséquence d’engendrer une explosion de groupuscules se déclarant affiliés au Tea Party américain. Parmi ceux-ci, quelques factions furent reconnues comme membres fédérés dont l’objectif principal, de tendance à droite, demeurait un gouvernement moins fort, demandant moins de taxes. Cependant, de nombreux groupuscules profitèrent de l’occasion pour se revendiquer du Tea Party en utilisant sa popularité pour renforcer leurs propres idéaux. C’est ainsi que plusieurs groupes adhérèrent au principe pour justifier leurs demandes politiques, religieuses ou idéologiques et utiliser la force du mouvement populaire pour renforcer des croyances plus extrémistes.

À leur tour, ils utilisèrent les médias sociaux pour convaincre plusieurs adhérents du Tea Party de les rejoindre et leur influence crût au sein des populations des différents États. Certains de ces groupes se revendiquèrent des « Patriotes » et se placèrent en position de force stratégique au niveau politique. D’autres organisèrent des événements afin de faire parler d’eux et d’influencer une partie de la population insatisfaite et ayant des valeurs plus à droite à intégrer le groupe.  Ce fut le cas, par exemple, lors de la manifestation du 28 août 2010 où certains groupuscules se revendiquant du Tea Party ont pris part à une manifestation à Washington pour « rétablir l’honneur » du pays, sur les lieux du discours historique de Martin Luther King (Le Monde, 28 août 2010). De là, l’association populaire du Tea Party aux mouvements américains d’extrême droite.

Conséquences et changements sur l’échiquier politique

Aujourd’hui, le Tea Party devient une force politique et économique dérangeante par son influence grandissante sur l’échiquier politique des États-Unis. Le Tea Party a su rejoindre une masse importante d’adhérents dans certains États. Tellement qu’ils sont à même d’influencer l’électorat et d’avoir un certain pouvoir sur les candidats politiques. Certains partis tentent d’y prendre une part du pouvoir afin d’utiliser cette force pour eux-mêmes en tentant de rejoindre les idéaux de liberté prônés. Cependant ce pouvoir est limité par les revendications des plus radicaux. Ainsi, ceux qui obtiennent les faveurs ne les ont pas par allégeance de parti, mais bien par les valeurs qu’ils prônent. Par exemple, un  républicain à droite pourra obtenir leur support, alors qu’un républicain modéré ne l’aura pas.

D’autres deviennent de véritables ennemis et sont les premiers à subir les influences négatives de ce mouvement de masse populaire. C’est le cas des démocrates qui sont perçus, par le Tea Party, comme les alliés d’ « Obama l’ennemi ou le Roi» et qui représentent une tendance gauchiste prête à réformer le système de santé, à mettre des fonds dans le système bancaire et à engendrer un tournant fatal dans le système politique américain. La force du Tea Party réside donc dans son recrutement d’un large public allié par un même sentiment : l’insatisfaction populaire générale. C’est ainsi que sous une même bannière se dessine un lieu où la droite religieuse, les citoyens contre la diversité culturelle, les racistes, les anxieux du terrorisme international, les conservateurs, les patriotes et bien d’autres se réunissent. Que ce soit  la droite ou l’extrême droite, le Tea Party est désormais devenu un lieu d’écoute pour toutes ces revendications. Cette influence du Tea Party devient donc une véritable stratégie d’influence sur la politique intérieure et extérieure des États-Unis.

Des observations à prendre en compte par les services de sécurité publique

En s’intéressant aux médias sociaux, les autorités concernées peuvent être en mesure d’identifier et de déterminer les problématiques à venir au niveau local, régional, national et international. Par exemple, en faisant une veille d’actualité sur les tendances des mouvements populaires, ils pourront déterminer les risques sur le terrain concernant les manifestations, la création de groupuscules extrémistes et les problématiques qu’elles sous-tendent pour la sécurité publique. Ainsi, ils pourront être en mesure de prévoir les incidents possibles avant qu’ils ne soient en cours. Ce qui peut avoir des incidences positives via la préparation et le contrôle des foules et des violences. Cela peut également mener à la constitution d’une banque de données sur les risques envisageables.

Une coopération entre organismes locaux, nationaux et internationaux serait également une initiative pertinente afin de recueillir des informations et de partager les analyses de risque y étant associées. Internet est un endroit où les frontières ne sont plus limitatives et les partenariats deviennent une solution de plus en plus pertinente pour favoriser une meilleure gestion sécuritaire.

Par rapport au Tea Party, les autorités compétentes peuvent voir en les médias sociaux une mine d’informations pertinentes sur les problématiques de rassemblement des groupuscules associés sous une même bannière. Par exemple, les multiples rassemblements publics peuvent engendrer des problèmes de sécurité publique en rassemblant des groupes opposés dans un même endroit. Il est du devoir des autorités de diminuer ces risques de violence. Une surveillance de la cyber-mobilisation intégrée dans un système de communication efficace des autorités permettraient de localiser les sources de danger potentiel et de maximiser les réponses rapides et tangibles ou du moins de dresser un portrait de la situation pour mieux exploiter le renseignement.

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Références :

Journal web. AFP. « L’ultra-droite déferle sur Washington 47 ans après le discours de Luther King ». In Le Monde, 8 août 2010 [En ligne]http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/08/28/l-ultra-droite-deferle-sur-washington-47-ans-apres-le-reve-de-luther-king_1404036_3222.html (Page consultée en octobre 2010).

Journal web. AFP. « Le «Tea Party» l’emporte ». In Canoë Infos, 15 septembre 2010 [En ligne] http://fr.canoe.ca/infos/international/archives/2010/09/20100915-125752.html (Page consultée en octobre 2010).

Journal web. Codère, Jean-François. « Washington — Une riposte au Tea Party et à Glenn Beck ». In Rue Frontenac,  octobre 2010 [En ligne] http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/93-politique/28434-riposte-tea-party-glenn-beck (Page consultée en octobre 2010).

Journal web. « Duel entre deux candidats impopulaires au Nevada ». In France 24, 8 octobre 2010 [En ligne] http://www.france24.com/fr/20101008-elections-americaines-mi-mandat-etats-unis-duel-candidats-senat-nevada-reid-angle-tea-party (Page consultée en octobre 2010).

Journal web. Hétu, Richard. « Obama contre le Tea Party ». In Cyberpresse, collaboration La Presse, 2 octobre 2010 [En ligne] http://www.cyberpresse.ca/international/correspondants/201010/02/01-4328931-obama-contre-le-tea-party.php (Page consultée en octobre 2010).

Blogue Cyberpresse. Hétu, Richard. « Ni sorcière, ni magicienne… ». In Cyberpresse, 6 octobre 2010 [En ligne] http://blogues.cyberpresse.ca/hetu/2010/10/06/ni-sorciere-ni-magicienne/ (Page consultée en octobre 2010).

Blogue Le Figaro. Stehli, Jean-Sébastien. « Les dollars du Tea Party ». In Le Figaro, 10 octobre 2010 [En ligne] http://blog.lefigaro.fr/obamazoom/2010/10/la-politique-du-porte-monnaie.html (Page consultée en octobre 2010).

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