Quel avenir pour les programmes « registered traveler » – 1 an après

Il y a un an, j’écrivais ici-même tout le bien que je pensais de la disparition du programme CLEAR de la société Verified Identity Pass. Arguant d’une sécurité technologique accrue, la compagnie américaine avait en effet mis en place un modèle de contrôle préembarquement pour VIP qui constituait une faille considérable dans le système de sureté des aéroports américains.

La crise économique avait eu raison de CLEAR, mais la guerre aux programmes trusted traveler n’était pas gagnée pour autant. D’autres sociétés et même les douanes américaines commençaient à développer des initiatives similaires. J’espérais que la Secrétaire d’État à la sécurité intérieure, Mme Janet Napolitano, réaliserait, au vue d’une évaluation alors en cours de ces programmes, l’erreur grossière que commettaient en la matière le secteur public comme le privé.

Un an plus tard, force est de constater que le privé semble avoir retenu la leçon. Pas le secteur public…

En effet, les douanes américaines ont poursuivi le développement de leur programme Global Entry. Or ce système, implanté dans 20 aéroports étatsuniens et étrangers, vise notamment à simplifier les contrôles préembarquement pour les Américains retournant dans leur mère patrie.

Une telle initiative aurait certes eu un sens il y a dix ans de cela. Les États-Unis avaient la prétention de faire de leur sol un no-terrorist-land. Et à l’époque, le terroriste était officiellement une affaire d’étrangers. Dès lors, il aurait été compréhensible que la Sûreté nationale simplifiât ainsi le retour au bercail des Américains qui, par définition, étaient nécessairement des good guys.

Or, les États-Unis commencent à s’apercevoir aujourd’hui que le ver est dans le fruit : des jihadistes de nationalité américaine font de plus en plus souvent la une des journaux. Partis quelques semaines ou mois dans une contrée islamiste pour suivre une funeste formation, ils retournent au pays de la Liberté pour y perpétrer des actes terroristes.

Dès lors, poursuivre le développement du programme Global Entry s’avère un véritable non-sens : voilà les douanes américaines qui aident les jihadistes américains à retourner au bercail accomplir leur sinistre besogne !

Par chance, les entreprises privées offrant des programmes trusted traveler semblent avoir pris la mesure du problème. Ainsi, on apprenait il y a peu la résurgence du programme CLEAR, racheté par la compagnie AlClear et de l’initiative homologue de la société iQueue. On pouvait s’attendre à revivre Le jour de la marmotte et à voir réapparaître les failles du défunt système. Il n’en est rien. En effet, les différents observateurs et clients potentiels du nouveau CLEAR s’entendent pour dire qu’il ne s’agira que d’un programme coupe-file.

Comprenez : les cartes ultra-sécurisées (avec empreintes digitales et image de l’iris) ne permettront pas à leur détenteur de subir un contrôle préembarquement allégé. Elles leur donneront seulement le droit de passer devant tout le monde dans la queue pour les contrôles préembarquement traditionnels.

En termes de service à la clientèle traditionnelle, c’est une erreur manifeste. Quoi de plus pénible pour un passager lambda de se voir allègrement et officiellement passer devant par un VIP (ou prétendu tel) pour la simple raison qu’il a payé 179 $ par an.

Mais en termes de sureté aérienne, c’est un véritable retour à la raison.

Notons pour finir qu’il n’est pas certain que ces programmes registered traveler trouvent leur public. En effet, de nombreux aéroports américains proposent des lignes de contrôle préembarquement dédiées aux stakhanovistes du voyage aérien, qui n’ont plus à trépigner derrière des voyageurs occasionnels et gauches. Ces lignes Frequent travelers sont gratuites. Dès lors, quel attrait peut bien avoir un simple coupe-file payant ?

Cet article est publié également sur le blogue @éroNote.

À propos de Arnaud Palisson

Arnaud Palisson, Ph.D. fut pendant plus de 10 ans officier de police et analyste du renseignement au Ministère de l'intérieur, à Paris (France). Installé à Montréal (Canada) depuis 2005, il y a travaillé dans le renseignement policier puis en sureté de l'aviation civile. Il est aujourd'hui analyste en sécurité de l'information et en renseignement d'entreprise.

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