Prenez-vous en à la Scientologie… mais seulement pour de bonnes raisons

En toute fin d’année 2012, on apprenait que la justice belge s’apprêtait à engager des poursuites contre l’Église de scientologie de Bruxelles pour (excusez du peu…) :

  • exercice illégal de la médecine,
  • escroquerie,
  • extorsion,
  • faux et usage de faux,
  • violation de la vie privée et
  • organisation criminelle.

Voilà une nouvelle dont je ne peux que me réjouir, puisque le dossier de l’accusation reprend différents aspects de mon travail universitaire déjà entérinés par la justice française. On ne saurait donc me considérer comme un ardent défenseur de l’Église de scientologie (et ce blogue m’en est témoin). Pour autant, quelques jours avant que cette nouvelle ne tombe, j’ai été choqué par le traitement que la justice et l’administration anglaises réservent à un couple de scientologues.

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Un vice de procédure via ce blogue ? L’Église de scientologie parisienne aura vraiment tout essayé…

Condamnée lourdement par la Cour d’appel de Paris en février dernier, l’Église de scientologie parisienne fait feu de tout bois pour obtenir l’annulation de l’ensemble de la procédure devant la Cour de cassation. Dernière tentative en ce sens : l’église se réfère expressément à un article de ce blogue et l’élève au rang de preuve formelle d’un vice de procédure. Mais l’argumentaire fait long feu, tant il est éloigné de la réalité.

Ainsi, mercredi 2 mai, devant les locaux de l’antenne parisienne de l’École nationale de la magistrature (ÉNM), s’est tenue une manifestation organisée par l’Église de scientologie locale. Il s’agissait pour l’organisation de dénoncer un récurrent séminaire de formation organisé en collaboration avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) à destination des magistrats. Voilà près de quinze ans que l’ÉNM accueille une telle initiative. Et l’Église de scientologie a coutume de la dénoncer.

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10 ans après, ma thèse sur la Scientologie est confirmée par la Cour d’appel de Paris

ou

La revanche du paria du renseignement
sur la haute administration française

Jeudi dernier, le 2 février 2012, la Cour d’appel de Paris a confirmé un jugement de première instance et a condamné deux organisations parisiennes de scientologie en tant que personnes morales pour escroquerie aggravée en bande organisée, de par l’utilisation d’un test de personnalité en vue de persuader frauduleusement les victimes d’acheter des produits et services de scientologie. La Cour a prononcé des amendes d’un montant total de 600.000 € – près d’1M$ canadiens. Il s’agit de la sanction la plus sévère jamais prononcée pour escroquerie contre une organisation en France.

Revenons en arrière de très exactement dix ans (et quelques heures). Le 1er février 2002, à l’Université de Cergy-Pontoise, je soutiens ma thèse de doctorat en droit criminel, consacrée à l’Église de scientologie. En recourant uniquement à des sources ouvertes, j’y développe notamment les idées selon lesquelles il convient :

  • de poursuivre les organisations de scientologie de France, notamment sur le fondement de l’escroquerie aggravée en bande organisée
  • et de rechercher systématiquement la responsabilité pénale de la personne morale impliquée

notamment en raison de l’utilisation du test de personnalité aux fins de persuader frauduleusement les victimes d’acheter des produits et services de scientologie.

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Pratiquer la scientologie en dehors de l’Église : une idée qui prête à discussion

La semaine dernière, à Paris, s’achevait le procès en appel de deux organisations de scientologie, condamnées en première instance pour escroquerie en bande organisée et exercice illégal de la pharmacie. La décision est attendue pour février 2012. L’affaire a connu son lot de déboires. On a beaucoup parlé des diverses exceptions d’inconstitutionnalité soulevées en vain par les avocats de l’Église de scientologie parisienne. On a en revanche un peu moins évoqué les successifs désistements des victimes qui s’étaient constituées partie civile. C’est regrettable, car l’influence de la scientologie sur les anciens adeptes constitue une question essentielle.

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Délit d’abus de faiblesse : la Mission antisectes française part à la dérive

Ce n’est pas de l’acharnement mais bien plutôt l’actualité qui m’amène à consacrer un second article critique à l’encontre de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), quelques jours à peine après celui-ci.

En septembre dernier, le Ministère de la Justice français, assisté de la Miviludes, a publié une nouvelle circulaire sur les sectes (une de plus !) à destination des magistrats. Ce n’est pas un hasard du calendrier : nous entrons présentement dans le procès en appel de deux organisations de scientologie condamnées en première instance à Paris, en 2009.

Ce procès est exemplaire : il a abouti au prononcé d’amendes pénales très élevées mais surtout à des condamnations d’entités de la Scientologie en tant que de personnes morales pour escroquerie aggravée en bande organisée. Une première.

Croyiez-vous que la Miviludes allait capitaliser sur ce succès en passe d’être confirmé en appel ? Pensiez-vous que la Chancellerie allait œuvrer pour rappeler aux magistrats tout l’intérêt de recourir, en matière sectaire, à des incriminations claires, bien établies en jurisprudence, telles que l’escroquerie ?

Que nenni. Les deux institutions ont préféré mettre en avant, pour la énième fois, l’abus de faiblesse de l’article 223-15-2 du Code pénal. Il s’agit pourtant d’un chef d’accusation qui n’a jamais rien donné devant les tribunaux en termes de lutte contre les sectes. Continuer la lecture de « Délit d’abus de faiblesse : la Mission antisectes française part à la dérive »

Immunité légale de la Mission antisectes française : un passeport pour l’immobilisme

Le 17 octobre dernier, l’Assemblée nationale adoptait la proposition de loi relative à la simplification du droit et à l’allègement des démarches administratives. Bénéficiant d’une procédure accélérée, la proposition de loi est aujourd’hui devant le Sénat, où elle attend d’être adoptée définitivement après une seule lecture par chacune des deux chambres du Parlement.

Perdu après 115 autres articles sans aucun rapport, l’article 94 A dispose :

Les membres de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ne peuvent être recherchés, poursuivis, arrêtés, détenus ou jugés en raison des opinions qu’ils émettent dans le rapport annuel remis au Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions.

Autrement dit, voici les membres de la Mission antisectes française, la Miviludes, protégés par une immunité légale pour leurs opinions émises dans le cadre des rapports annuels de la Mission.

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L’aberrante loi française interdisant de dissimuler son visage en public – Le cas « Anonymous »

Lundi dernier entrait en vigueur en France la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Elle punit d’une peine contraventionnelle (amende de 150 €) toute personne présente sur la voie publique avec le visage masqué ou voilé.

Il a été beaucoup écrit sur le sujet et il ne s’agit pas ici d’enfoncer des portes ouvertes, mais d’apporter un éclairage sur des sujets peu ou pas traités dans l’actualité.

Cette loi a été votée dans le but d’interdire le port du niqab (ou voile intégral du visage). Sa récente adoption est interprétée par certains comme une réaction de la majorité présidentielle aux sondages créditant le Front National (extrême droite) de scores impressionnants lors des prochaines élections présidentielles de 2012.

Je peux certes comprendre que l’on interdise le port du voile intégral dans les interactions sociales officielles. Ainsi, on ne saurait évidemment faire témoigner une femme voilée devant un tribunal : comment peut-on s’assurer que la personne à la barre est bien celle qui doit témoigner ? On ne saurait laisser voter un individu qui masque son visage. Comment être sûr que la personne qui glisse son bulletin dans l’urne est bien l’électeur ?

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Le négationnisme sectaire entre par la porte de derrière

À peine avais-je terminé la rédaction de mon précédent billet consacré à la Scientologie que je tombais sur un article du magazine Psychologies consacrée à l’organisation controversée.

Loin de moi l’idée de vouloir commenter toute l’actualité média sur le sujet. Mais cet article illustre parfaitement l’une des critiques que je formulais à propos du reportage TV Scientologie – La vérité sur un mensonge. J’expliquais en effet que les journalistes y avaient commis l’erreur de focaliser sur les témoignages d’anciens adeptes, au détriment d’une approche plus objective. Au lieu de simplement dire que les adeptes ont été trompés, il est toujours préférable de démontrer pourquoi et comment la secte trompe ses adeptes.

Ce n’est pas là une vue de l’esprit. Ce n’est pas jouer sur les mots. Cette distinction est essentielle. Centrer son propos sur les témoignages d’anciens adeptes n’est pas seulement inadapté. C’est surtout une démarche journalistique néfaste car elle offre aux sectes et à ses défenseurs une voie royale pour battre en brèche les arguments avancés.

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Une critique du reportage « Scientologie – La vérité sur un mensonge »

Résidant hors de France, je viens seulement de découvrir le reportage de Jean-Charles Deniau et Madeleine Sultan, Scientologie – La vérité sur un mensonge, (France 2, 27 mai 2010) que j’attendais de voir avec impatience.

En effet, il y a de cela plus d’un an, j’avais été en contact suivi avec les deux journalistes pour participer à ce documentaire. M. Deniau et Mme Sultan comptaient en effet beaucoup sur mon expertise professionnelle et universitaire pour renouveler l’approche sur la Scientologie. Très intéressé par la proposition, j’ai finalement dû renoncer à l’aventure.

Nul n’est indispensable et je ne doutais pas que Madeleine Sultan et Jean-Charles Deniau trouveraient d’autres intervenants pour leur faire dépeindre la Scientologie sous un jour, sinon neuf, tout du moins contrastant avec le tout-venant journalistique consacré au sujet. À l’issue des projections de presse, les médias n’avaient d’ailleurs pas tari d’éloges sur le reportage.

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Jean-Pierre Brard, ou l’art de marcher sur la tête

SectesSur le papier, le député-maire (apparenté communiste) de Montreuil est un spécialiste de la question sectaire. Vice-président de la commission d’enquête sur les sectes à l’Assemblée nationale (1995), il fut également le principal rédacteur du rapport parlementaire Les sectes et l’argent (1999). Secrétaire de la commission parlementaire consacré aux enfants dans les sectes (2006), il est actuellement vice-président du groupe d’études sur les sectes à l’Assemblée nationale.

Mais en pratique, cet élogieux CV fond comme neige au soleil, au gré des récurrentes tribunes médiatiques dont dispose M. Brard. L’homme est en effet coutumier des inepties juridiques et factuelles en la matière.

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