De Times Square à la « No Fly List »

La récente tentative d’attentat à la voiture piégée sur Times Square, à New York, nous ramène brutalement – et étonnamment – à la question des no-fly lists. En effet, le 3 mai dernier, soit 53 heures après la découverte fortuite de l’engin explosif, l’auteur de l’attentat manqué était arrêté par les autorités, à bord d’un avion de la compagnie Emirates sur le point de décoller à destination de Dubaï.

On a déjà à peu près tout écrit et tout dit sur la regrettable incapacité du FBI et consorts a empêché le terroriste, Faisal Shahzad, de monter dans l’avion, alors que :

  1. il était inscrit sur la No fly list, la liste la plus restrictive parmi les quatre utilisées aux États-Unis pour assurer la sûreté aérienne,  (cf. ce précédent article, § 2.1)
  2. il était recherché pour un acte terroriste déjà commis (tout du moins tenté).

Ce qui doit ici davantage retenir notre attention est ailleurs. Ainsi, on constatera tout d’abord que si Faisal Shahzad a été arrêté avant le décollage, c’est grâce à une procédure mise en place juste après le 11-Septembre : celle-ci impose à toutes les compagnies aériennes d’adresser aux Douanes américaines le manifeste de leurs vols (depuis ou vers les États-Unis) 30 minutes avant le départ de l’avion. Continuer la lecture de « De Times Square à la « No Fly List » »

Les leçons du vol 253 – La faillite du système des bases de données du renseignement

[Deuxième volet de l’étude consacrée à l’attentat manqué contre le vol 253]

Avant l’attentat manqué du 25 décembre 2009 contre le Vol Amsterdam-Détroit, la communauté américaine du renseignement avait collecté plusieurs informations pertinentes concernant l’implication terroriste d’Abdul Mutallab. Ce que l’on reproche principalement aujourd’hui à l’Administration, c’est son incapacité à relier les points (connecting the dots), à repérer et à arrêter Abdul Mutallab avant qu’il ne monte dans l’avion.

S’agit-il de nouvelles affres du cloisonnement entre les agences, quelques semaines après le massacre de Fort Hood (qui a mis en évidence le non-partage d’information entre l’Armée américaine et le FBI) ? Ou faut-il y voir un procès d’intention, diligenté par des politiciens médiatisés, spécialistes du « y-avait-qu’à-fallait-qu’on » ?

Après le 11 septembre 2001, la preuve fut faite que les agences de renseignement travaillaient en silo, sans partager l’information de sécurité nationale. On a alors instauré en 2005 l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI) qui supervise les seize agences fédérales de renseignement. En son sein, a été créé le National Counter Terrorism Center (NCTC), dont la tâche est précisément de mettre en relation les informations pertinentes détenues par des agences différentes.

Mais en instaurant ces nouveaux organismes, l’Administration Bush a également créé un monstre bureaucratique qui a bien vite rendu inopérants les avantages techniques qu’aurait pu avoir ce changement majeur. L’affaire du vol 253 est symptomatique de cette bureaucratie. (…)

Les leçons du vol 253 – L’attentat manqué et la menace terroriste

Le 25 décembre 2009, peu avant midi (HNE) à bord du vol 253 de la NorthWest Airlines, un individu a tenté de faire détoner une charge explosive, quelques minutes avant l’atterrissage à Détroit (Michigan). À bord de l’Airbus A330, se trouvaient 289 personnes.

L’explosif n’a pas détoné mais s’est enflammé. Un passager assis à proximité s’est alors jeté sur l’individu. Aidé de membres de l’équipage, il a maitrisé le terroriste et éteint le feu.

Deux jours plus tard, Janet Napolitano, Secrétaire d’État à la sécurité intérieure, déclarait sur CNN :

One thing I’d like to point out is that the system worked. (…) The whole process of making sure that we respond properly, correctly and effectively went very smoothly.

Elle précisait le même jour sur ABC :

Now once this incident occurred, everything went according to clockwork.

Certes. Mais quid de l’efficacité du système avant l’attentat ? Mme Napolitano fut bien contrainte de reconnaitre explicitement le lendemain que, en l’occurrence, le système n’avait pas fonctionné. (2)

En revanche, Mme Napolitano a fait preuve d’un triomphalisme déplacé lorsqu’elle a déclaré, lors de l’interview de CNN :

He [the terrorist] was stopped before any damage could be done.

laissant entendre que tout est bien qui finit bien.

Cet optimisme de façade cache évidemment un malaise bien plus profond au sein de la Sécurité intérieure étatsunienne en général et de sa sureté du transport aérien en particulier. La tentative du 25 décembre pose un certain nombre de questions. À commencer par les circonstances de l’attentat du vol 253 et le contexte de la menace contre l’aviation civile. (…)

De l’efficacité de la lutte antisectes en France

Si l’on en croit les journaux, la lutte contre les sectes en France est principalement l’œuvre de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Cet organisme, placé sous la tutelle directe du Premier Ministre, a été créé en 2002 sous le gouvernement Raffarin. Il a pris le relais de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), créée en 1998, par le gouvernement Jospin.

En l’espace de onze ans, cet organisme éminemment politique s’est révélé incapable de mettre en place une stratégie en la matière. Pour reprendre une terminologie gaullienne, la Miviludes est un machin administratif situé à des années-lumière des réalités du terrain (1). Dans son dernier rapport annuel, la Mission envisage certes sa prochaine évolution, mais en restant désespérément axée sur le système administratif (2). Refusant une réorientation vers le judiciaire, elle passe à côté de la véritable solution à la lutte contre les sectes, le renseignement criminel, qui pourrait pourtant bientôt émerger des services spécialisés de la Police française (3).

Avion, autocar et train – La TSA rate sa correspondance

Some people just never learn.

On a vu précédemment de quelle étrange façon la TSA conçoit le contrôle aléatoire antiterroriste aux portes d’embarquement des aéronefs.

Mais l’administration fédérale semble persuadée d’avoir là réinventé le fil à couper le beurre. Elle a ainsi fait grand cas d’une récente opération similaire à l’embarquement dans les autocars. Jeudi dernier, 690 passagers de la gare routière Greyhound d’Orlando (Floride) sont ainsi passés au crible de 50 agents issus de la TSA, de la police d’Orlando, du Bureau du Shérif d’Orange County et des Douanes, ainsi que de chiens dressés pour la détection des explosifs et des drogues. Rien que ça.

Dans le cadre du programme VIPR (Visible Intermodal Prevention and Response), lancé en décembre 2006, la TSA a ainsi orchestré ce qui se voulait une opération dans le but de «keep off guard terrorists and others who mean harm.»

Aucune menace spécifique ne pesait sur la gare routière. Il s’agissait juste d’une opération de contrôle aléatoire pré-embarquement dans les autocars. Après tout pourquoi pas ? Malheureusement, si l’opération visait à déstabiliser les terroristes et autres bad guys ciblant les autocars, tout cela s’avère n’être qu’un considérable gâchis de temps de la fonction publique et d’argent du contribuable américain. Et une façon particulièrement efficace d’agacer le voyageur lambda qui n’a rien à se reprocher.

Car de bad guys – menace à la sûreté des transports, ce jour-là, la task force de la gare routière n’en arrêta pas. Et pour cause…

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Où l’on reparle de la détection comportementale et du profilage racial

L’édition électronique du Times vient de publier un article absolument remarquable signé par Philip Baum, un spécialiste de la sécurité de l’aviation : en une page et demie, le rédacteur en chef de la revue Aviation Security International y explique parfaitement pourquoi le profilage des usagers des aéroports et de l’aviation civile est une nécessité.

Du côté de la Transportation Security Administration (TSA), on croyait l’affaire entendue : parmi nombre de systèmes de sûreté qu’elle a mis en place dans les aéroports américains, il y en avait au moins un qui répondait admirablement aux besoins tactiques et stratégiques de sûreté de l’aviation civile : le programme S.P.O.T. (Screening Passengers by Observation Techniques). Il s’agit là de la première application au milieu aéroportuaire de la détection comportementale (Behavior Detection ou Behavior Pattern Recognition – BPR) en Amérique du Nord.

Durant des années, on a pu apprécier la démarche de la TSA qui, contre vents de particuliers et marées de journalistes, expliquait continuellement – et à raison – que le BPR n’était pas du tout du profilage racial. Malheureusement, cette dernière phrase est écrite au passé. En effet, depuis quelques mois, plusieurs cas apparemment isolés nous démontrent que l’administration américaine est, selon toute vraisemblance, retombée dans les ornières dont elle avait peiné à s’extirper au cours des dernières années.

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Quel avenir pour les programmes registered-traveler ?

Aussi regrettable que soit une faillite pour les dirigeants et les employés d’une compagnie, la crise économique aura eu au moins un effet positif en matière de sûreté de l’aviation civile : elle a contraint la société Verified Identity Pass à fermer ses portes cette semaine, emportant dans son sillage le programme CLEAR. Derrière cette dénomination, se trouvait le chef de file des programmes registered traveler, dédiés au passage accéléré au contrôle pré-embarquement. Sur 21 grands aéroports américains qui proposaient de telles facilités, CLEAR trustait 18 sites.

C’est un coup dur pour les différents programmes du genre, lancés  il y a quelques années sous la férule de l’administration américaine, notamment à la Transportation Security Administration (TSA).

Qu’est-ce donc qu’un programme registered traveler ? Imaginons que vous êtes un homme d’affaires et prenez l’avion 50 fois par an. Il peut vous être pénible de devoir attendre dans la file pour passer au portique et au contrôle à rayons X avant d’entrer en zone stérile. La TSA a donc introduit dans de nombreux aéroports américains le judicieux système Black Diamond qui consiste à répartir le flot de passagers selon trois files différentes, selon que vous êtes plus ou moins familiarisé avec les processus de contrôle pré-embarquement.

Mais cela ne suffit encore pas au businessman que vous êtes, vous qui ne pouvez accepter d’attendre dix minutes dans le même espace que la plèbe. Aussi, contre une somme forfaitaire (entre 130 et 200 $ par an), vous souscrivez à un programme registered traveler et acquérez alors le droit de passer au contrôle pré-embarquement en empruntant une ligne particulière dans laquelle vous subirez un contrôle allégé. Vous n’aurez pas à enlever vos chaussures ni à ôter votre veste avant de passer dans le portique de détection métallique.

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Une motion qui protège l’intimité des terroristes et autres vilains usagers des aéroports

Le 4 juin dernier, chez nos voisins du Sud, la Chambre des Représentants a voté la Transportation Security Administration Authorization Bill. Ce texte, qui doit encore être entériné par le Sénat, vise à encadrer légalement les pratiques et attributions de la TSA. Or, à cette occasion, la chambre basse du parlement américain a voté un amendement des plus regrettables consacré aux nouveaux scanneurs à ondes millimétriques testés par la TSA depuis plusieurs mois dans divers aéroports du pays.

Nous avons rappelé il y a quelques semaines la problématique de ces scanneurs que d’aucuns qualifient d’appareils de « fouille à nu virtuelle ». Et nous avons également souligné les limites des arguments avancés par les partisans de son interdiction dans les aéroports. Car, aussi chers et intrusifs que l’on puisse les considérer, ces scanneurs à ondes millimétriques présentent pour le moins l’intérêt considérable de repérer des objets dangereux que les portiques traditionnels ne détectent pas.

Si l’on n’est guère surpris que les parlementaires américains aient remis le couvert pour combattre les « scanneurs qui déshabillent », on reste en revanche abasourdi par la teneur de cet amendement, adopté à une majorité de près des trois quarts.

En effet, si cette loi devait être entérinée par le Sénat, ces appareils fort décriés ne seraient plus autorisés pour le contrôle pré-embarquement primaire, mais uniquement pour le contrôle secondaire (c’est à dire le contrôle visant à déterminer pour quelle raison la personne a échoué au contrôle primaire).

Cette motion qui se veut respectueuse de vos droits et libertés se révèle doublement – et gravement – illogique.

1 – Tout d’abord, les Représentants en faveur de ce texte vouent aux gémonies ces nouveaux scanneurs en ce qu’ils constituent, selon eux, une violation éhontée de votre intimité en tant que personne humaine. Jusque là, rien de bien sidérant.

Mais si d’aventure vous faites bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, soudainement, vous entrez de plain-pied dans la caste des sous-hommes, ceux qui n’ont plus droit à leur intimité. En effet, si vous êtes Monsieur ou Madame Toulemonde et que vous avez oublié d’ôter votre ceinture à boucle métallique avant de passer sous le portique, vous devenez instantanément un paria, dont la « fouille à nu virtuelle » n’offusque plus les Représentants.

2 – Plus ridicule encore : si vous êtes un terroriste, soyez rassuré. Vous pourrez continuer à franchir le contrôle pré-embarquement les poches pleines d’armes à feu en matériau composite ou de couteaux en céramique. En effet, dès lors que vous ne faites pas bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, les Représentants américains semblent estimer que vous ne présentez pas le moindre danger pour l’aviation civile…

Il est clair que cette incohérence est la résultante de tractations en coulisses entre Représentants démocrates, républicains progressistes et lobbyistes de l’industrie de la sécurité. Mais à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, les résidents de l’aile Sud du Capitole n’ont apparemment pas compris qu’ils renforçaient l’effet pervers des dispositifs de sûreté de l’aviation civile : alourdir toujours davantage le passage à l’aéroport de Mr GoodGuy, sans pour autant entraver celui de Mr BadGuy.

Le terroriste ultime

Pour être qualifié de terroriste, il n’est PAS nécessaire qu’un attentat soit motivé par une quelconque idéologie.

La loi canadienne doit, sur ce point, être modifiée.

Heath Ledger n’a pas démérité de son Oscar posthume. Dans Le chevalier noir (2008), il campe un Joker proprement fascinant. Il est vrai que les deux scénaristes ont su conférer au personnage une profondeur qui fait date. Après le fou rigolard des BD classiques, le prince du crime timbré du film de Tim Burton, puis le génie du mal des comics de Frank Miller, le Joker du film de Christopher Nolan incarne désormais le terroriste ultime, celui qui agit sans obéir à la moindre idéologie.

D’aucuns relèveront ici une contrevérité. En effet, dans l’inconscient collectif, un terroriste agit nécessairement dans le but d’imposer un nouveau pouvoir temporel ou spirituel.

Mais est-ce vraiment nécessaire ?

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Contrôle pré-embarquement : strip-tease ou palpation ?

Le 6 février dernier, la télévision suisse romande diffusait un reportage consacré aux nouvelles technologies de contrôle pré-embarquement.

Concis mais efficace. Ainsi, la reporter suisse voue ainsi aux gémonies le nouveau scanneur à ondes millimétriques, tandis qu’elle pare de toutes les vertus le Smart Corridor.

Vous voici devant une nouvelle manifestation du syndrome du journaliste-qui-comprend-rien-à-rien-mais-qui-sait-tout-sur-tout.

Petite analyse contradictoire.

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