Bris de sureté à l’aéroport de Brisbane – La gestion du risque niveau zéro

Aviation civileTous les professionnels de la sûreté de l’aviation civile vous le répèteront : le risque zéro n’existe pas. Tous vous le martèleront : il faut adopter une approche de gestion du risque. Problème : tout le monde le dit mais (presque) personne ne le fait.

Cette semaine, à l’aéroport international de Brisbane (Australie), s’est produit un bris de sûreté qui a conduit à faire sortir de la jetée 2 000 (deux mille !) passagers et à tous les faire passer une nouvelle fois au contrôle préembarquement. La raison de ce branle-bas de combat : une paire de ciseaux, aperçue trop tard au scanneur dans le bagage à main d’un passager.

Y avait-il vraiment besoin de perturber ainsi les opérations aéroportuaires et de nuire à ce point :

  • aux 2 000 passagers déjà dans la jetée,
  • aux centaines de passagers qui devaient y accéder au cours des prochaines heures,
  • et aux centaines de passagers bloqués dans les avions qui venaient d’atterrir ?

Pour moi, la réponse tient en trois mots : non, non, non.

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La loi américaine sur les armes à feu indétectables rate sa cible | 2/3

Introduction et sommaire de cette série

2ème partie – Comment détecter une arme indétectable ?

Aviation civileÉnoncer une interdiction ne suffit pas. Encore faut-il être capable de la faire respecter. Pour pouvoir réprimer les porteurs d’armes prohibées, il est impératif d’être en mesure de repérer ces armes. Seulement voilà : comment détecter des armes indétectables ?

Interrogé récemment par Le Figaro, le conseiller juridique de l’association Gun Owners of America, Michael Hammond, déclarait :

MichaelHammondguillemet_Les pistolets en plastique ne représentent pas une véritable nouvelle menace, pour un certain nombre de raisons. Les rayons X dans les aéroports permettent de détecter un pistolet en plastique, les rayons X dans les tribunaux le font aussi, donc dans ces circonstances, je ne suis pas sûr que cela constitue un vrai danger.

Oh, comme on aimerait que ce soit aussi simple !

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La loi américaine sur les armes à feu indétectables rate sa cible | 1/3

Introduction et sommaire de cette série

Aviation civile1ère partie – Une loi obsolète

Depuis 1988, l’article 922, paragraphe (p) de l’United States Code
est ainsi rédigé :

guillemet_loi2(1) It shall be unlawful for any person to manufacture, import, sell, ship, deliver, possess, transfer, or receive any firearm—

(A) that, after removal of grips, stocks, and magazines, is not as detectable as the Security Exemplar, by walk-through metal detectors calibrated and operated to detect the Security Exemplar; or

(B) any major component of which, when subjected to inspection by the types of x-ray machines commonly used at airports, does not generate an image that accurately depicts the shape of the component (…)

(2) For purposes of this subsection—

(A) the term “firearm” does not include the frame or receiver of any such weapon;

(B) the term “major component” means, with respect to a firearm, the barrel, the slide or cylinder, or the frame or receiver of the firearm; and

(C) the term “Security Exemplar” means an object, to be fabricated at the direction of the Attorney General, that is—

(i) constructed of, during the 12-month period beginning on the date of the enactment of this subsection, 3.7 ounces of material type 17–4 PH stainless steel in a shape resembling a handgun; and

(ii) suitable for testing and calibrating metal detectors. (…)

Certes, depuis l’entrée en vigueur de la loi, les modèles d’armes à feu en polymère se sont multipliés. Mais nous n’avons assisté à aucune prise de contrôle d’aéronef par des pirates de l’air armés exclusivement de Glock ou de Steyr-M. Ce n’est pas à la loi américaine sur les armes à feu indétectables qu’on le doit, mais bien plutôt au fait que ces pistolets demeurent des armes chères et relativement difficiles à se procurer. Mais surtout, contrairement à la rumeur, ces pistolets ne sont pas indétectables. Devant les mesures de sureté aux aéroports, il s’agit d’armes à feu comme les autres.

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La loi américaine sur les armes à feu indétectables rate sa cible | 0/3

Aviation civileIntroduction

Cette semaine, le Congrès américain a reconduit à l’identique, pour dix ans, la loi prohibant les armes indétectables (Undetectable Firearms Act), votée en 1988 pour une durée déterminée – et régulièrement renouvelée depuis.

À l’origine, ce texte avait pour objectif d’empêcher d’éventuels terroristes d’introduire de telles armes à bord des avions de ligne pour en prendre le contrôle. Des fabricants d’armes tels que Steyr Mannlicher et Glock avaient en effet produit des pistolets en polymère. Selon la rumeur – alimentée par une fameuse (et malencontreuse) réplique de Bruce Willis dans Die Hard 2 -, ces armes pourraient tromper les systèmes traditionnels de détection.

guillemet_mcclaneThat punk pulled a Glock 7 on me. You know what that is? It’s a porcelain gun made in Germany. Doesn’t show up on your airport X-ray machines, here, and it cost more than you make in a month.

Bien que les preuves formelles de cette assertion fassent défaut, les pouvoirs publics américains ont pris la chose très au sérieux. Et les attentats du 11-Septembre n’ont rien fait pour les rasséréner.

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Les couteaux de poche ne doivent pas être autorisés en cabine. – [3/3]

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Une réintroduction pour le moins incohérente

Cet épisode réglementaire sur la réintroduction des couteaux de poche dans les avions aura permis de contempler une nouvelle fois la sureté à géométrie variable de la TSA. Et son manque de vision à moyen terme.

Le 13 mars dernier, en audience devant une commission du Congrès, John Pistole déclarait :

guillemet_john_pistoleUn petit couteau de poche n’aura absolument aucune conséquence désatreuse à bord d’un avion.

A small pocket knife is simply not going to result in the catastrophic failure of an aircraft.

Mais, à une autre occasion, le chef de la TSA expliquait pourquoi les cutters resteraient bannis des avions commerciaux :

guillemet_john_pistoleJ’aimerais que [la nouvelle réglementation] soit aussi simple que possible. [Mais] il y a une trop forte composante émotionnelle  liés aux cutters. C’est pour cette raison qu’ils ne seront pas autorisés.

I wish [the new rule] could be as clean as possible. [But] there’s just too much emotion associated with particularly the box cutters. So those will not be allowed.

Mêlant ainsi décision de principe prétendument rationnelle et exceptions purement émotionnelles, la TSA se prépare des nuits sans sommeil.

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Les couteaux de poche ne doivent pas être autorisés en cabine. – [1/3]

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Le principal risque à bord des avions de ligne n’est pas le risque terroriste

Aviation civileSi l’on s’en remet à une véritable analyse du risque de sûreté dans les avions de transport commercial, on constate que le passager perturbateur violent présente un risque bien plus élevé que le terroriste en mission suicide.

Pour justifier sa décision de permettre la réintroduction des couteaux de poche, la TSA argue du fait que les portes de cockpit des avions de ligne ont été renforcées ; ainsi, il n’y aurait plus moyen pour un fou de Dieu armé un canif de réitérer le drame des Twin Towers. Pour la TSA, il conviendrait en revanche de mettre l’accent sur la détection des engins explosifs. Ce faisant, l’administration américaine énonce explicitement que le vrai danger du transport aérien, c’est le terrorisme. La réalité est tout autre.

Il existe en effet un risque bien plus grand que le terrorisme dans les avions de ligne. Un risque qui se réalise tous les jours, quelque part dans le ciel. Ce danger dans l’aviation civile qui devrait éclipser le terrorisme, c’est le passager perturbateur violent, celui qui ne tient pas l’alcool en altitude, celui qui stresse, celui qui n’a pas pris ses médicaments (ou en a pris trop) et qui entre en crise en frappant ceux qui lui demandent de se calmer. Les anglophones désignent cette menace sous le terme air rage. J’utilise pour ma part le vocable accès de fureur en vol. Continuer la lecture de « Les couteaux de poche ne doivent pas être autorisés en cabine. – [1/3] »

Protection du périmètre extérieur des aéroports – Un paradoxe

Justin Sullivan - Getty Images

Lorsqu’il s’agit de protéger adéquatement l’aviation civile contre des actes malveillants, les solutions les plus onéreuses sont parfois les moins efficaces. C’est notamment ce que l’on constate avec la vulnérabilité que constitue le périmètre extérieur des aéroports ; une problématique qui s’avère à la fois plus simple et plus complexe qu’il n’y parait.

Aviation civileLa semaine dernière, l’aéroport de Bruxelles a été le théâtre d’un retentissant vol à main armée. Déguisés en policiers, les cambrioleurs bien renseignés – vraisemblablement via une complicité à l’interne – ont préalablement découpé la clôture du périmètre extérieur et, à bord de deux voitures, ont pénétré sur le site aéroportuaire, ont atteint le tablier de l’aéroport et braqué pour 50 millions de dollars en bijoux que l’on venait de monter à bord d’un avion. Ils ont ensuite pris la fuite par le chemin emprunté à l’aller. Le tout en cinq minutes chrono.

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Non, le profilage de sureté ne doit pas être du profilage racial

De toutes les mesures de protection de l’aviation civile, le profilage est décidément la plus mal comprise. Dès qu’un politicien ou un journaliste se penche sur la question, le terme est encore et toujours synonyme de « profilage racial ».

Cette incompréhension majuscule offre diverses déclinaisons. Par exemple, depuis plusieurs années, resurgit régulièrement une théorie saugrenue selon laquelle le profilage racial aurait parfaitement sa place dans les systèmes de sûreté de l’aviation civile des pays démocratiques.

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Que nous apprend l’attentat de Bourgas ?

Le 18 juillet dernier, à l’aéroport de Bourgas (Bulgarie), un attentat à la bombe a causé la mort de six personnes et fait 30 blessés. L’explosion s’est produite dans le stationnement qui fait face à l’aérogare et visait un autocar affrété pour conduire à leur hôtel des touristes israéliens qui venaient de débarquer de l’avion – cinq d’entre eux en sont décédés.

Le porteur de la bombe était un homme d’une trentaine d’années, déguisé comme un touriste, qui aurait ainsi pu monter à bord de l’autocar visé sans éveiller les soupçons. On pense aujourd’hui qu’il aurait agi comme « mule », pour le compte d’un autre terroriste, situé à proximité, qui aurait déclenché l’explosion au moment opportun. Continuer la lecture de « Que nous apprend l’attentat de Bourgas ? »

Une tarte aux pêches révélatrice

Par Amotz Brandes

Version originale : Peach Piechameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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À la soirée barbecue où je me trouve, je remarque que l’homme qui se tient près du buffet des desserts porte un holster sous sa veste. Je m’en aperçois au moment où il se saisit d’une part de tarte aux pêches. Le pistolet est visible (il me semble que c’est un HK). Bref, il y a un homme étrange avec une arme dans la place. La question qui se pose alors est la suivante : devrais-je m’en inquiéter ?

« Hey, Mike. Ce type là-bas, il a un pistolet.

– Oh, tu parles de Joe ? Ouais, il est avec ma sœur, Julie. Il est détective privé. En fait, ils doivent partir tôt parce qu’il travaille ce soir. C’est un type formidable.»

Tout ce que cela m’a pris pour écarter la « menace du pistolet » : un dialogue de deux répliques. J’y ai appris que l’invité au pistolet a une raison légitime de le porter, qu’il est connu et que c’est un type bien.

Mais nous focalisons encore tellement sur la détection des armes. Toutes sortes de technologies sont dédiées à cette tâche. Peut-être est-ce parce qu’il semble plus facile de traiter avec des objets qu’avec des êtres humains. Peut-être est-ce parce que, pour une raison psychologique ou culturelle, il nous parait plus simple de chercher une chose que de tenter de découvrir les pensées d’une personne ou d’expliquer son comportement. Ce n’est pas que la question des armes ne soit pas pertinente. Bien sûr qu’elle l’est. Mais ce n’est là qu’une petite partie de l’équation.

Il y a un pistolet à la soirée barbecue, mais aucune intention maligne. L’intention, voilà la notion-clé. Ce type pourrait tout aussi bien porter une grenade, un sabre ou un lance-roquettes, cela ne ferait aucune différence ; parce qu’il n’est pas un adversaire et qu’il n’a pas de plan d’attaque. La seule chose qu’il semble avoir l’intention d’attaquer, c’est sa part de tarte.