Al-Qaïda de la Péninsule arabique et l’aviation civile : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf

– Une analyse du dernier numéro de la revue Inspire

Inspire est une publication périodique réalisée par Al-Malahem Media Production, la branche médias de l’organisation terroriste Al-Qaïda de la péninsule arabique (AQPA). Cette revue est disponible en versions anglaise et arabe. Son troisième numéro constitue une édition spéciale (special issue) datée de novembre 2010 et consacrée en intégralité aux attentats manqués du 29 octobre dernier contre deux avions cargo de FedEx et d’UPS.

L’analyse de ce dernier numéro nous permet d’avancer que lesdits attentats n’étaient pas à proprement parler des actes terroristes mais bien plutôt une opération médiatique et de propagande (1). AQPA tente ici de dissimuler ses difficultés grandissantes à déjouer la sureté aérienne ; pour ce faire, elle affiche une confiance en soi démesurée et exagère sa dangerosité envers l’aviation civile internationale (2).

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Avions cargo dans les turbulences terroristes – Une analyse à contre-courant

Le 29 octobre dernier, on apprenait la découverte, au Royaume-Uni et à Dubaï, de deux bombes dissimulées dans des cartouches d’encre pour imprimante. Expédiés depuis le Yémen, ces deux colis piégés devaient rallier Chicago par avion cargo quelques heures plus tard.

Depuis l’annonce de ces événements, la sécurité intérieure américaine et le secteur du transport aérien international ont encore resserré les contrôles à l’encontre des passagers et du fret. Ce double attentat manqué, qualifié dans les pays anglophones de ink bomb plot, a en effet été largement décrit comme l’événement terroriste le plus inquiétant depuis l’attentat du 25 décembre 2009 contre le vol 253 de Delta Airlines entre Amsterdam et Détroit. Dans une allocution, le président américain Barack Obama qualifiait les nouvelles visées d’al-Qaïda envers les avions cargo de « credible terrorist threat ».

Pourtant, ces sensationnalistes ardeurs politico-médiatiques doivent être grandement tempérées.

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La stratégie déficiente du nouveau chef de la sureté des transports américains

John Pistole a été nommé à la tête de la Transportation Security Administration (TSA) fin juin 2010,  alors que l’institution voguait sans capitaine depuis un an et demi.

M. Pistole était la semaine dernière de passage à Atlanta, l’aéroport le plus achalandé du monde. Interrogé par un journal local, l’Atlanta Journal – Constitution, il a montré que, derrière son aura d’ancien directeur adjoint du FBI, spécialiste du contre-terrorisme, se cache en fait un haut fonctionnaire déjà engoncé dans les idées reçues.

Si, les premières semaines de son mandat, le style John Pistole a pu faire illusion, il est clair aujourd’hui qu’il a fait long feu… Comme l’attestent les extraits suivants.

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Quel avenir pour les programmes « registered traveler » – 1 an après

Il y a un an, j’écrivais ici-même tout le bien que je pensais de la disparition du programme CLEAR de la société Verified Identity Pass. Arguant d’une sécurité technologique accrue, la compagnie américaine avait en effet mis en place un modèle de contrôle préembarquement pour VIP qui constituait une faille considérable dans le système de sureté des aéroports américains.

La crise économique avait eu raison de CLEAR, mais la guerre aux programmes trusted traveler n’était pas gagnée pour autant. D’autres sociétés et même les douanes américaines commençaient à développer des initiatives similaires. J’espérais que la Secrétaire d’État à la sécurité intérieure, Mme Janet Napolitano, réaliserait, au vue d’une évaluation alors en cours de ces programmes, l’erreur grossière que commettaient en la matière le secteur public comme le privé.

Un an plus tard, force est de constater que le privé semble avoir retenu la leçon. Pas le secteur public…

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De Times Square à la « No Fly List »

La récente tentative d’attentat à la voiture piégée sur Times Square, à New York, nous ramène brutalement – et étonnamment – à la question des no-fly lists. En effet, le 3 mai dernier, soit 53 heures après la découverte fortuite de l’engin explosif, l’auteur de l’attentat manqué était arrêté par les autorités, à bord d’un avion de la compagnie Emirates sur le point de décoller à destination de Dubaï.

On a déjà à peu près tout écrit et tout dit sur la regrettable incapacité du FBI et consorts a empêché le terroriste, Faisal Shahzad, de monter dans l’avion, alors que :

  1. il était inscrit sur la No fly list, la liste la plus restrictive parmi les quatre utilisées aux États-Unis pour assurer la sûreté aérienne,  (cf. ce précédent article, § 2.1)
  2. il était recherché pour un acte terroriste déjà commis (tout du moins tenté).

Ce qui doit ici davantage retenir notre attention est ailleurs. Ainsi, on constatera tout d’abord que si Faisal Shahzad a été arrêté avant le décollage, c’est grâce à une procédure mise en place juste après le 11-Septembre : celle-ci impose à toutes les compagnies aériennes d’adresser aux Douanes américaines le manifeste de leurs vols (depuis ou vers les États-Unis) 30 minutes avant le départ de l’avion. Continuer la lecture de « De Times Square à la « No Fly List » »

Les leçons du vol 253 – La faillite du système des bases de données du renseignement

[Deuxième volet de l’étude consacrée à l’attentat manqué contre le vol 253]

Avant l’attentat manqué du 25 décembre 2009 contre le Vol Amsterdam-Détroit, la communauté américaine du renseignement avait collecté plusieurs informations pertinentes concernant l’implication terroriste d’Abdul Mutallab. Ce que l’on reproche principalement aujourd’hui à l’Administration, c’est son incapacité à relier les points (connecting the dots), à repérer et à arrêter Abdul Mutallab avant qu’il ne monte dans l’avion.

S’agit-il de nouvelles affres du cloisonnement entre les agences, quelques semaines après le massacre de Fort Hood (qui a mis en évidence le non-partage d’information entre l’Armée américaine et le FBI) ? Ou faut-il y voir un procès d’intention, diligenté par des politiciens médiatisés, spécialistes du « y-avait-qu’à-fallait-qu’on » ?

Après le 11 septembre 2001, la preuve fut faite que les agences de renseignement travaillaient en silo, sans partager l’information de sécurité nationale. On a alors instauré en 2005 l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI) qui supervise les seize agences fédérales de renseignement. En son sein, a été créé le National Counter Terrorism Center (NCTC), dont la tâche est précisément de mettre en relation les informations pertinentes détenues par des agences différentes.

Mais en instaurant ces nouveaux organismes, l’Administration Bush a également créé un monstre bureaucratique qui a bien vite rendu inopérants les avantages techniques qu’aurait pu avoir ce changement majeur. L’affaire du vol 253 est symptomatique de cette bureaucratie. (…)

Les leçons du vol 253 – L’attentat manqué et la menace terroriste

Le 25 décembre 2009, peu avant midi (HNE) à bord du vol 253 de la NorthWest Airlines, un individu a tenté de faire détoner une charge explosive, quelques minutes avant l’atterrissage à Détroit (Michigan). À bord de l’Airbus A330, se trouvaient 289 personnes.

L’explosif n’a pas détoné mais s’est enflammé. Un passager assis à proximité s’est alors jeté sur l’individu. Aidé de membres de l’équipage, il a maitrisé le terroriste et éteint le feu.

Deux jours plus tard, Janet Napolitano, Secrétaire d’État à la sécurité intérieure, déclarait sur CNN :

One thing I’d like to point out is that the system worked. (…) The whole process of making sure that we respond properly, correctly and effectively went very smoothly.

Elle précisait le même jour sur ABC :

Now once this incident occurred, everything went according to clockwork.

Certes. Mais quid de l’efficacité du système avant l’attentat ? Mme Napolitano fut bien contrainte de reconnaitre explicitement le lendemain que, en l’occurrence, le système n’avait pas fonctionné. (2)

En revanche, Mme Napolitano a fait preuve d’un triomphalisme déplacé lorsqu’elle a déclaré, lors de l’interview de CNN :

He [the terrorist] was stopped before any damage could be done.

laissant entendre que tout est bien qui finit bien.

Cet optimisme de façade cache évidemment un malaise bien plus profond au sein de la Sécurité intérieure étatsunienne en général et de sa sureté du transport aérien en particulier. La tentative du 25 décembre pose un certain nombre de questions. À commencer par les circonstances de l’attentat du vol 253 et le contexte de la menace contre l’aviation civile. (…)

Avion, autocar et train – La TSA rate sa correspondance

Some people just never learn.

On a vu précédemment de quelle étrange façon la TSA conçoit le contrôle aléatoire antiterroriste aux portes d’embarquement des aéronefs.

Mais l’administration fédérale semble persuadée d’avoir là réinventé le fil à couper le beurre. Elle a ainsi fait grand cas d’une récente opération similaire à l’embarquement dans les autocars. Jeudi dernier, 690 passagers de la gare routière Greyhound d’Orlando (Floride) sont ainsi passés au crible de 50 agents issus de la TSA, de la police d’Orlando, du Bureau du Shérif d’Orange County et des Douanes, ainsi que de chiens dressés pour la détection des explosifs et des drogues. Rien que ça.

Dans le cadre du programme VIPR (Visible Intermodal Prevention and Response), lancé en décembre 2006, la TSA a ainsi orchestré ce qui se voulait une opération dans le but de «keep off guard terrorists and others who mean harm.»

Aucune menace spécifique ne pesait sur la gare routière. Il s’agissait juste d’une opération de contrôle aléatoire pré-embarquement dans les autocars. Après tout pourquoi pas ? Malheureusement, si l’opération visait à déstabiliser les terroristes et autres bad guys ciblant les autocars, tout cela s’avère n’être qu’un considérable gâchis de temps de la fonction publique et d’argent du contribuable américain. Et une façon particulièrement efficace d’agacer le voyageur lambda qui n’a rien à se reprocher.

Car de bad guys – menace à la sûreté des transports, ce jour-là, la task force de la gare routière n’en arrêta pas. Et pour cause…

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Où l’on reparle de la détection comportementale et du profilage racial

L’édition électronique du Times vient de publier un article absolument remarquable signé par Philip Baum, un spécialiste de la sécurité de l’aviation : en une page et demie, le rédacteur en chef de la revue Aviation Security International y explique parfaitement pourquoi le profilage des usagers des aéroports et de l’aviation civile est une nécessité.

Du côté de la Transportation Security Administration (TSA), on croyait l’affaire entendue : parmi nombre de systèmes de sûreté qu’elle a mis en place dans les aéroports américains, il y en avait au moins un qui répondait admirablement aux besoins tactiques et stratégiques de sûreté de l’aviation civile : le programme S.P.O.T. (Screening Passengers by Observation Techniques). Il s’agit là de la première application au milieu aéroportuaire de la détection comportementale (Behavior Detection ou Behavior Pattern Recognition – BPR) en Amérique du Nord.

Durant des années, on a pu apprécier la démarche de la TSA qui, contre vents de particuliers et marées de journalistes, expliquait continuellement – et à raison – que le BPR n’était pas du tout du profilage racial. Malheureusement, cette dernière phrase est écrite au passé. En effet, depuis quelques mois, plusieurs cas apparemment isolés nous démontrent que l’administration américaine est, selon toute vraisemblance, retombée dans les ornières dont elle avait peiné à s’extirper au cours des dernières années.

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Une motion qui protège l’intimité des terroristes et autres vilains usagers des aéroports

Le 4 juin dernier, chez nos voisins du Sud, la Chambre des Représentants a voté la Transportation Security Administration Authorization Bill. Ce texte, qui doit encore être entériné par le Sénat, vise à encadrer légalement les pratiques et attributions de la TSA. Or, à cette occasion, la chambre basse du parlement américain a voté un amendement des plus regrettables consacré aux nouveaux scanneurs à ondes millimétriques testés par la TSA depuis plusieurs mois dans divers aéroports du pays.

Nous avons rappelé il y a quelques semaines la problématique de ces scanneurs que d’aucuns qualifient d’appareils de « fouille à nu virtuelle ». Et nous avons également souligné les limites des arguments avancés par les partisans de son interdiction dans les aéroports. Car, aussi chers et intrusifs que l’on puisse les considérer, ces scanneurs à ondes millimétriques présentent pour le moins l’intérêt considérable de repérer des objets dangereux que les portiques traditionnels ne détectent pas.

Si l’on n’est guère surpris que les parlementaires américains aient remis le couvert pour combattre les « scanneurs qui déshabillent », on reste en revanche abasourdi par la teneur de cet amendement, adopté à une majorité de près des trois quarts.

En effet, si cette loi devait être entérinée par le Sénat, ces appareils fort décriés ne seraient plus autorisés pour le contrôle pré-embarquement primaire, mais uniquement pour le contrôle secondaire (c’est à dire le contrôle visant à déterminer pour quelle raison la personne a échoué au contrôle primaire).

Cette motion qui se veut respectueuse de vos droits et libertés se révèle doublement – et gravement – illogique.

1 – Tout d’abord, les Représentants en faveur de ce texte vouent aux gémonies ces nouveaux scanneurs en ce qu’ils constituent, selon eux, une violation éhontée de votre intimité en tant que personne humaine. Jusque là, rien de bien sidérant.

Mais si d’aventure vous faites bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, soudainement, vous entrez de plain-pied dans la caste des sous-hommes, ceux qui n’ont plus droit à leur intimité. En effet, si vous êtes Monsieur ou Madame Toulemonde et que vous avez oublié d’ôter votre ceinture à boucle métallique avant de passer sous le portique, vous devenez instantanément un paria, dont la « fouille à nu virtuelle » n’offusque plus les Représentants.

2 – Plus ridicule encore : si vous êtes un terroriste, soyez rassuré. Vous pourrez continuer à franchir le contrôle pré-embarquement les poches pleines d’armes à feu en matériau composite ou de couteaux en céramique. En effet, dès lors que vous ne faites pas bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, les Représentants américains semblent estimer que vous ne présentez pas le moindre danger pour l’aviation civile…

Il est clair que cette incohérence est la résultante de tractations en coulisses entre Représentants démocrates, républicains progressistes et lobbyistes de l’industrie de la sécurité. Mais à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, les résidents de l’aile Sud du Capitole n’ont apparemment pas compris qu’ils renforçaient l’effet pervers des dispositifs de sûreté de l’aviation civile : alourdir toujours davantage le passage à l’aéroport de Mr GoodGuy, sans pour autant entraver celui de Mr BadGuy.