‘iPad Bombs’: Batteries not included (2/4)

2ème partie – Deux possibles explications… aussi peu convaincantes l’une que l’autre

Introduction et sommaire de cette série d’articles

Aviation civileLes scanneurs à bagages semblent donc efficaces pour détecter les tablettes et téléphones intelligents bourrés d’explosifs. Alors pourquoi cela ne suffit-il pas au ministère américain de la sécurité intérieure ?

On peut tenter deux explications – non exclusives l’une de l’autre – mais qui ne s’avèrent guère convaincantes.

2.1 – L’erreur humaine

Les agents de contrôle qui opèrent les scanneurs à bagages aux points de contrôle passagers manquent-ils de formation ? Aucun de nous n’est jamais suffisamment formé. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous sommes incompétents.

Certainement, les agents de contrôle méritent parfois de sérieuses formations correctrices. Mais pas au point de ne pas être capables de faire la différence, sur l’écran de contrôle d’un scanneur à bagages, entre un iPad fonctionnel et une coque « à la pomme » pleine de Semtex.

Qu’en est-il de l’inattention ? Fatigue, tâches répétitives, manque de motivation en raison des bas salaires et des conditions de travail,… rendent l’agent de contrôle moins alerte. Et si, au moment, où un iPad piégé passe sous le scanneur, l’agent inattentif ne détecte pas la supercherie ?

Certes, mais ce qui est vrai pour les iPad l’est autant pour n’importe quel objet qui passe par les scanneurs à bagages de cabine. Pourquoi, dans ce cas, ne focaliser que sur les iPad et autres téléphones intelligents ?

2.2 – Une technologie finalement déficiente ?

Le DHS américain pense-t-il désormais que les scanneurs à bagages sont incapables de détecter les nouvelles techniques de dissimulation des explosifs dans les iPad ?

Pour qui a vu fonctionner ces scanneurs (surtout des dernières générations), une telle méprise est pour le moins hautement improbable.

Je ne dispose pas d’image d’iPad passé au scanneur à bagages. Toutefois, voici à quoi ressemble, sous rayons X, un iPad (version1, donc le plus volumineux) :

xray_apple_ipad
© 2010 Die Apfelklinik

Or, les scanneurs à bagages de cabine utilisent une technologie dérivée, qui permet de mieux distinguer les masses compactes (telles que les explosifs plastiques) d’une part et des pièces d’appareils électroniques (comme les batteries) d’autre part.

Par ailleurs, la TSA reconnait sur son blogue officiel qu’il est plus facile de voir à travers une tablette qu’à travers un ordinateur portable :

guillemet_DHSBasically, tablet computers, netbooks, and e-readers are less dense than your typical laptop, so it’s easier for our X-ray operator to inspect your bag. However, larger laptops and game consoles appear more dense and need to be removed in order for the X-ray operator to get a good look at your bag.

Or, voici à quoi ressemblent des ordinateurs portables – pourtant placés dans un bagage -, passés dans deux modèles différents de scanneur à bagage de cabine :

scan-laptop
(c) Aerovation
laptop-luggage-scan
(c) Smiths Detection

On voit mal comment la masse compacte d’un explosif plastique pourrait passer inaperçue dans un ordinateur portable ! Alors dans un iPad

High-tech + Low-tech = Higher Security ?

Pourtant, il faut aujourd’hui allumer sa tablette avant de monter dans l’avion ! Le ministère américain remet-il en cause désormais la valeur de cette technologie de contrôle ? Voilà qui serait particulièrement inquiétant : si le DHS doute d’une des solutions technologiques les plus au point, que doit-il penser des systèmes moins évolués ? Et dans ce cas, à quelles nouvelles mesures de contrôle doit-on s’attendre dans un proche avenir ?

Le DHS américain est-il en train de lancer une nouvelle tendance, visant à doubler tout système de contrôle high-tech par un système de contrôle low-tech ?

Que se passera-t-il si les services de renseignement américains ont vent de nouveaux modes de dissimulation d’explosifs dans des objets anodins ?

Imaginez :

  • après être passés avec succès dans le scanneur, tous vos bagages de cabine seraient tout de même fouillés à la main par les agents de contrôle ;
  • idem pour vos chaussures, qui seraient intégralement éventrées ;
  • après être passé par le portique de détection métallique sans déclencher d’alarme, vous seriez quand même soumis à une palpation manuelle.

Juste au cas où… On ne sait jamais… Deux précautions valent mieux qu’une… On n’est pas à l’abri d’une mauvaise surprise…

Certes, certains pays en voie de développement ne disposent pas de scanneurs à bagages de cabine. Dans ce cas, l’allumage manuel des iPad et autres téléphones intelligents serait un tant soit peu légitime. Mais ce sont essentiellement des aéroports dans des pays développés en Europe et au Moyen-Orient qui sont touchés par cette mesure.

Quoi qu’il en soit, peu importe le degré de modernité des appareils de contrôle dans les aéroports. Car une autre question doit être posée dans la foulée.

3ème partie –
Combien faut-il d’iPhones pour faire exploser un avion de ligne ? >>>

À propos de Arnaud Palisson

Arnaud Palisson, Ph.D. fut pendant plus de 10 ans officier de police et analyste du renseignement au Ministère de l'intérieur, à Paris (France). Installé à Montréal (Canada) depuis 2005, il y a travaillé dans le renseignement policier puis en sureté de l'aviation civile. Il est aujourd'hui analyste en sécurité de l'information et en renseignement d'entreprise.

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