‘iPad Bombs’: Batteries not included (1/4)

Airplane!En inaugurant en juillet sa nouvelle mesure sur l’allumage des appareils électroniques avant embarquement, le Ministère américain de la sécurité intérieure visait encore et toujours l’inatteignable Risque zéro. De fait, cette disposition multiplie les incohérences et suscite la confusion. On espère la voir tomber en désuétude dans les prochains mois.

Sommaire de cette série :
  1. La question qui fâche
  2. Deux possibles explications… aussi peu convaincantes l’une que l’autre
  3. Combien faut-il d’iPhones pour faire exploser un avion de ligne ?
  4. « Oui mais… les scanneurs à bagage peuvent être hackés ! »

1ère partie – La question qui fâche

Le 2 juillet dernier, le Ministère américain de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security – DHS) a annoncé le renforcement, dans les aéroports, des mesures de sûreté avant l’embarquement ; désormais, avant de monter à bord d’un avion en partance pour les États-Unis, au départ de certains aéroports d’Europe et du Moyen-Orient, tout ordinateur portable, tablette ou téléphone intelligent qui ne peut pas être allumé ne pourra être monté à bord.

Raison invoquée : la communauté américaine du renseignement disposerait d’informations selon lesquelles des groupes terroristes tenteraient de construire de nouveaux engins explosifs artisanaux indétectables par les instruments de contrôle préembarquement de la sûreté de l’aviation civile.

La vidéo ci-dessous résume bien le contexte de la menace…

bbc

…mais elle n’explique pas en quoi la nouvelle mesure de sureté y est adaptée. Et pour cause !

Pour la justifier, les autorités américaines expliquent que :

  1. les appareils électroniques grand public sont si banals aujourd’hui qu’ils pourraient servir à dissimuler des charges explosives. Si un iPad s’allume, c’est qu’il ne contient pas d’explosifs ;
  2. les appareils électroniques peuvent servir de système d’allumage pour des bombes artisanales.

Il y a beaucoup à dire :

En fait, six semaines après l’annonce faite par l’administration américaine, la résignation (déjà observée pour d’autres mesures imposées par la TSA) semble avoir gagné les usagers de l’aviation civile. Et l’on a vu se multiplier les articles de presse expliquant comment se soumettre à cette mesure de la façon la plus indolore. (123 )

Mais une question n’a toujours pas été posée. Or, selon moi, c’est la principale :

Aux points de contrôle des passagers,
à quoi servent les scanneurs à bagages ?

Je m’explique.

(c) xrayscanners.co.za

Voilà plus de trente ans que, dans les aéroports, les points de contrôle des passagers sont dotés de scanneurs à bagages de cabine : on y soumet tous les objets que l’on ne peut pas faire passer sur soi par le portique de détection métallique.

Le but de ces scanneurs est de détecter les objet dangereux pour la sûreté (et la sécurité…) de l’aviation civile. Au premier rang desquels on trouve les armes et les explosifs.

Ces scanneurs permettent en effet de voir l’intérieur des objets, de distinguer les différences de formes et de densité. Les modèles les plus modernes utilisent un affichage contrasté (voire en 3D) avec diverses couleurs spécifiques.

bag2

Grâce à ces appareils, il est désormais possible de voir que, par exemple :

renferme en réalité une masse dense reliée à un système électronique. Et d’en conclure qu’il peut s’agir d’un engin explosif artisanal.

Autrement dit, ces scanneurs à bagages sont tout-à-fait capables de faire la différence entre un iPad fonctionnel d’une part, et une coque d’iPad remplie de Semtex d’autre part.

Dès lors, la nouvelle mesure imposée par l’administration américaine laisse pantois.

2ème partie –
Deux possibles explications… aussi peu convaincantes
l’une que l’autre >>>

À propos de Arnaud Palisson

Arnaud Palisson, Ph.D. fut pendant plus de 10 ans officier de police et analyste du renseignement au Ministère de l’intérieur, à Paris (France). Installé à Montréal (Canada) depuis 2005, il y a travaillé dans le renseignement policier puis en sureté de l’aviation civile. Il est aujourd’hui analyste en sécurité de l’information et en renseignement d’entreprise.

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