Les Canadiens veulent-ils vraiment une No-Fly List à l’américaine ?!

Aviation civileAu Canada, doit-on faire respecter la liste d’interdiction de vol avec la même intransigeance qu’aux États-Unis ? La réponse est Non.

Hier, la chaine canadienne Global News a ouvert la boite de Pandore, avec la publication de cet article et la diffusion de ce reportage :

Pour faire court, les journalistes reprochent à Transports Canada d’avoir mis en place des mesures de mitigation pour les personnes inscrites sur la liste d’interdiction de vol. De fait, dans un aéroport, lorsqu’un voyageur est ainsi détecté au comptoir d’enregistrement d’une compagnie aérienne, celle-ci doit aviser le ministère fédéral. Lequel, par la voix d’un de ses fonctionnaires habilités, peut décider de passer outre l’interdiction. La personne serait alors autorisée à monter à bord.

À première vue, c’est là une aberration : comment peut-on juger au téléphone qu’une personne ne présente pas une menace pour l’aviation civile alors qu’elle n’est même pas passée par le point de contrôle des passagers ? Et comme le note, Michel Juneau-Katsuya, ce n’est pas quand on est confronté à l’événement, dans l’urgence,   que l’on est le mieux à même de prendre une décision éclairée.

Certes. Mais est-ce pour autant une raison de conspuer Transports Canada et de réclamer que la No-Fly List canadienne soit aussi intransigeante que l’américaine ? Les journalistes de Global News répondent clairement par l’affirmative. Et c’est tout-à-fait regrettable.

Est-ce vraiment ce monstre discrétionnaire, opaque et liberticide que les Canadiens veulent voir répliqué dans notre pays ?

Déjà parce qu’il existe d’autres niveaux de sureté pour éviter de laisser monter un terrorisme à bord d’un avion de transports de passagers. Ensuite, parce que copier les Américains en la matière serait bien la pire des choses à faire : leur système de liste d’interdiction de vol est un véritable cauchemar pour les voyageurs , les compagnies aériennes, mais aussi pour les pouvoirs publics eux-mêmes.

J’ai déjà décrit ici-même les problèmes, les limites et les dérives de la No-Fly List américaine.

On pourrait ajouter à cette litanie la récente information selon laquelle le Ministère de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security) aurait sciemment et secrètement fait des exceptions pour permettre à des personnes en lien direct avec des organisations terroristes de prendre l’avion en direction des États-Unis.

Et à l’inverse, on pourrait également rappeler le cas de cette ancienne étudiante de l’Université de Stanford à qui il aura fallu 9 ans et 4 millions de $ pour obtenir de la justice américaine qu’elle soit radiée de la No-Fly List. Devant le juge, on avait finalement appris qu’elle avait été inscrite sur la liste à la suite d’une simple erreur administrative : un agent du FBI avait coché la mauvaise case !

Enfin, on lira avec intérêt la courte bande dessinée de Jen Sorensen, réalisée à l’initiative de l’American Civil Liberties Union. En quelques cases, tout est dit du calvaire des enlisted.

Est-ce vraiment ce monstre discrétionnaire, opaque et liberticide que les Canadiens veulent voir répliqué dans notre pays ?

C’est entendu, le concept de No-Fly List est une aberration. Mais nous ne sommes pas près de nous en débarrasser. Transports Canada a eu la décence de prévoir des mécanismes de secours pour éviter les absurdités vécues aux États-Unis. Peut-être faut-il améliorer ces mécanismes. Mais certainement pas les supprimer !

Malheureusement, à en juger par la mine contrite et déconfite de Lisa Raitt, à la fin du reportage de Global News, il y a fort à parier que la ministre fédérale des transports va sous peu éradiquer l’exception canadienne.

À propos de Arnaud Palisson

Arnaud Palisson, Ph.D. fut pendant plus de 10 ans officier de police et analyste du renseignement au Ministère de l'intérieur, à Paris (France). Installé à Montréal (Canada) depuis 2005, il y a travaillé dans le renseignement policier puis en sureté de l'aviation civile. Il est aujourd'hui analyste en sécurité de l'information et en renseignement d'entreprise.

2 réponses sur “Les Canadiens veulent-ils vraiment une No-Fly List à l’américaine ?!”

  1. On a encore cet avantage au Canada que la protection de la vie privée fait partie de nos préoccupations : Les canadiens sont conscients que la liste ‘« NO FLY » pourrait bien représenter une grave ingérence dans les droits de la personne de ceux qui voyagent au Canada, y compris le droit à la protection de la vie privée et le droit à la liberté de circulation.C’est donc un privilège que l’ on doit protéger jalousement . on peut dire que les canadiens ont encore le réflexe de comprendre que, le contrôle de l’identité devrait s’appuyer sur une analyse d’une grande quantité de renseignements personnels afin d’évaluer les risques que peut représenter une personne en fonction de son identité. On sait que la fiabilité de ce type de système devrait dépendre des renseignements d’identité qui l’alimentent, ce qui entraîne des efforts pour aller recueuillir une plus grande quantité de renseignements qui portent forcément davantage atteinte à la vie privée; cela passe par exemple par les empreintes digitales et la reconnaissance du visage. C’ est pourquoi certains professionnels de la sécurité suggèrent de renforcer le contrôle physique qui peut passer par le biais d’un contrôle complet des bagages ou de la cargaison. D’autres estiment aussi que cette démarche pourrait constituer une façon plus efficace d’accroître la sécurité aérienne. on comprend donc pourquoi, à la différence des américains on est d’accord avec transport canada pour son approche prudente humaine et commerciale.

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