Une sureté efficace sans renseignement ?

Par Amotz Brandes

Version originale : Good Security without Intel?

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Une organisation de sureté peut-elle travailler efficacement sans recourir à du renseignement fourni par des organismes à l’externe ? La réponse est un oui retentissant. Souvent, les organismes de sureté dépendent des agences gouvernementales pour la fourniture d’informations [sensibles]. Par exemple, la Transportation Security Administration (TSA) se fie au Terrorist Screening Center du FBI pour produire la liste d’interdiction de vol [No-Fly List] et la liste de sélection de contrôle secondaire. Le renseignement fourni par une institution gouvernementale peut évoquer la possibilité d’un attentat, identifier une personne digne d’intérêt ou révéler un mode opératoire terroriste. La diffusion de ce renseignement peut être aussi bien générale que spécifique. Mais, qu’il concerne l’identité d’un ennemi potentiel, des indicateurs de suspicion ou un mode opératoire, ce renseignement, certes bienvenu, s’avère limité par nature.

Un système de sureté qui repose uniquement sur du renseignement fourni par des agences gouvernementales est vulnérable. Parallèlement, un système qui compte sur le seul renseignement qu’il produit lui-même peut s’avérer très efficace. Le véritable renseignement existe à l’interne et provient de notre propre compréhension de l’environnement opérationnel dans lequel nous évoluons et de ce qu’un adversaire pourrait faire pour nous prendre à défaut.

Par ailleurs, lorsque quelqu’un de l’extérieur vous fournit votre renseignement, il vous est difficile de savoir de quelle information vous ne disposez pas. Un renseignement engendre des questions telles que :

  • Quelle est la vision d’ensemble ?
  • Me manque-t-il des pièces du puzzle et, si oui, lesquelles ?
  • Qu’est-ce que ce renseignement signifie pour nous, dans notre contexte particulier de sureté ?

Combien d’agents de la CIA savent exactement comment fonctionne un aéroport américain ? Il est évident que ceux qui connaissent le mieux un système sont les personnes qui travaillent en son sein. À titre de comparaison, c’est vous qui connaissez le mieux les façons les plus efficaces de vous infiltrer dans votre propre maison : vous savez où les choses de valeur sont cachées, vous connaissez les meilleurs moments pour passer à l’attaque, vous savez de quels voisins vous devez vous méfier et sur quelle fenêtre le verrou est brisé.

Certes, le renseignement produit à l’externe fournit une assistance et constitue un important niveau secondaire pour un système de sureté. Mais si nous nous reposons trop lourdement sur ce type de renseignement et qu’il faillit à la tâche, alors c’est toute notre sureté qui faillit. Le Christmas Bomber[1] en est un exemple criant.

Créer et gérer un système indépendant au sein duquel nous identifions nous-mêmes les modes opératoires nous amène à produire du renseignement concret ; lequel permet d’identifier nos adversaires et les individus suspects et de déterminer divers modes opératoires et autres indicateurs de suspicion. L’information dont nous avons besoin pour fournir une excellente sureté provient du système lui-même.

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[1] Christmas Bomber est l’appellation que les Américains ont donné à Umar Farouk Abdul Muttalab, le jeune Nigérian qui, le 25 décembre 2009, a tenté de faire exploser un vol Amsterdam-Détroit, à l’aide d’une charge explosive qu’il avait introduite dans l’avion en la dissimulant dans son sous-vêtement.[NdT]

À propos de Amotz Brandes

Amotz Brandes est un vétéran de l’Unité spéciale de reconnaissance et de renseignement de l’Armée israélienne. Il a ensuite été, durant quatre ans, agent de sureté pour la compagnie aérienne israélienne El Al, à Los Angeles. Il est aujourd’hui directeur associé au sein de la compagnie Chameleon Associates, spécialisée dans la formation-conseil en sureté et le renseignement privé.

Une pensée sur “Une sureté efficace sans renseignement ?”

  1. Cette note nous amène à la réflexion suivante :
    • Il faut reconnaître que s’il n’ ya pas eu d’attaque majeure depuis un certain temps dans les aéroports, ce n’est pas à cause l’infrastructure de sûreté.
    • C’est probablement grâce au long et méticuleux travail d’enquêtes policières menées par des personnes compétentes et invisibles de la population. Il y a aussi d’intenses échanges d’information, du travail de renseignement de terrain, une traque patiente des flux financiers, une coopération entre services et gouvernements ainsi qu’une large capacité d’initiative des agents sur le terrain.
    • Quand on prend l’exemple de la sûreté aéroportuaire, on dira que C’est le travail classique d’enquête policière qui constitue la vraie sûreté et non pas les fouilles opérées à l’entrée des zones réglementées lesquelles s’adressent bien davantage aux citoyens qu’aux potentiels ennemis.
    • C’est en s’appuyant sur la bonne maîtrise du terrain et des infrastructures que ce genre de choses peut nous épargner d’une attaque majeure de manière récurrente, et reconnaissance doit être rendue au personnel des services d’enquêtes et à leur organisation finement agencée.
    • Je serais même tenté de dire, qu’il y a une grande convergence entre les méthodes antiterroristes et celles de lutte contre le grand banditisme, étant entendu que je n’assimile pas l’un à l’ autre ; mais je constate qu’ils s’appréhendent de la même manière à partir d’indices, de renseignements de première main et avec l’expérience d’enquêtes passés menés par une seule et même structure.Les failles du système de renseignement américain sont là pour nous le rappeler avec les attentats du 11 septembre 2001 où les différentes agences de renseignement ( Le FBI, la CIA et la NSA et qui font parties des agences de renseignements des plus puissantes, des plus célèbres et des plus équipées dans le monde, et qui malgré cela, n’ont pas réussi à les déjouer et pourtant ce n’est pas par manque d’informations qu’elles ont péché ).On a compris par la suite que les renseignements acquis par les différentes agences étaient restés secrets, et ne se sont pas transmis ;chacune des agences ayant certainement eu les pièces d’ un puzzle qu’elles ont été incapables de réunir à cause de l’absence de coopération, en plus des lourdeurs administratives qui ont compliqué le déclenchement de certaines opérations,et peut-être aussi le manque de ressources.
    • Tous ces éléments viennent évidemment donner raison à monsieur Amotz Brandes et qu’il ya lieu de privilégier le renseignement interne et sa structure de collectes d’indices pour donner une certaine efficacité et une crédibilité au concept de sûreté

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