Il faut tuer le cycle du renseignement – 9ème partie

Se démarquer du cycle du renseignement

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

– Introduction et sommaire de cette série –

D’autres auteurs, pour leur part, ont proposé des versions radicalement différentes du processus du renseignement ; il s’agit pour eux de se débarrasser de vieux concepts, dans une tentative de représenter plus précisément comment on produit du renseignement dans le monde réel.

-conseilLa première de ces tentatives, que l’on doit à l’universitaire de longue date et ancien membre de la CIA, Arthur Hulnick, est la « matrice du renseignement ». Hulnick estime que le renseignement est mieux décrit en termes matriciels. Pour lui, il existe trois activités principales – dont certains éléments se produisent souvent en même temps. Ces trois « piliers » sont la collecte, la production et le service-conseil. Bien qu’il saisisse davantage de fonctions du renseignement, le modèle de Hulnick ne semble guère fournir de lignes directrices quant aux façons de faire du renseignement dans la pratique.

Peter Pirolli et Stuart Card, du Palo Alto Research Center ont également tenté de redéfinir le processus du renseignement. Cette refonte a suscité un certain intérêt en dehors de la communauté du renseignement. Leur « boucle signifiante » s’avère nettement plus complexe que le cycle dont elle semble se démarquer. Mais aussi signifiante qu’elle soit, la boucle de Pirolli et Card se révèle encore très séquentielle et très circulaire – avec toutes les limitations que cela implique.

La plus récente et la plus réussie des tentatives de s’écarter du cycle du renseignement est probablement l’approche centrée sur l’objectif de Robert Clark. Ce qui rend Clark unique à bien des égards est qu’il n’essaie pas de représenter le processus actuel du renseignement ; il cherche à établir la façon dont le renseignement devrait être fait.

Clark rejette expressément le cycle du renseignement et prône une approche plus inclusive, intégrant toutes les parties prenantes, c’est à dire les individus et les organisations susceptibles d’être concernés par le renseignement produit. Clark estime que, pour les intégrer :

Le cycle doit être repensé, non pas pour le fondre plus aisément dans une hiérarchie traditionnelle, mais pour que le processus puisse tirer le plein avantage de l’évolution des technologies de l’information et pour traiter des problèmes complexes.

Clark appelle cela une « approche centrée sur l’objectif » car :

Le but est de construire une représentation partagée de l’objectif ; une représentation dont tous les participants peuvent extraire les éléments dont ils ont besoin pour faire leur travail et à laquelle ils peuvent tous contribuer par leurs ressources ou leurs connaissances.

Cette démarche illustre très bien la saine relation entre le professionnel du renseignement et le décideur qu’il assiste.

Cette description de la façon dont le renseignement devrait fonctionner semble en parfait accord avec quelques-unes des initiatives menées par la communauté américaine du renseignement. L’exemple d’Intellipedia, évoquée dans un précédent article, s’avère particulièrement proche de la vision de Clark quant au fonctionnement idéal du renseignement.

Mais ce qui est plus délicat, c’est de savoir lequel des deux était là en premier. Intellipedia est-elle une extension naturelle de la pensée de Clark ? Ou Clark a-t-il simplement compris la valeur d’un système plus inclusif, plus interactif, comme celui d’Intellipedia ? Par ailleurs, au-delà de la description d’une relation idéale entre le renseignement et les décideurs, comment le produit de renseignement est-il réalisé dans les faits ? De ce point de vue, tout comme chez Hulnick, le modèle ne fournit guère de réponses.

10ème partie – Le nouveau processus du renseignement »

À propos de Kristan Wheaton

Kristan Wheaton, J.D., est maitre de conférences à l’Institute for Intelligence Studies de la Mercyhurst University à Erie, Pennsylvanie (États-Unis). Ancien analyste du renseignement pour l’US Army, il fut notamment chef analyste pour l’Europe, au sein de la Direction du renseignement de l’US European Command, à Stuttgart.

Une pensée sur “Il faut tuer le cycle du renseignement – 9ème partie”

  1. « comment le produit de renseignement est-il réalisé dans les faits ? De ce point de vue, tout comme chez Hulnick, le modèle ne fournit guère de réponses. »
    Toute la question est là, et c’est là que le cycle du renseignement, à condition de bien le comprendre et d’en approfondir toutes les finesses, prend toute son importance (cf. http://francis-beau.blogspot.fr/2013/11/trois-bonnes-raisons-de-sauver-le-cycle.html et http://fr.slideshare.net/FrancisBeau/la-fonction-renseignement.).

    FB

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